14/09/09
Lyon, ville ronronnante.
Lyon, donc.
Ancienne capitale romaine du nom de Lugdunum, donc.
Monuments, style de vie, remarques, etc. :
Ce qui signifie que cette ville possède des hauteurs, Fourvière et Saint-Just. Sur l'une se trouve le fameux amphithéâtre romain de Fourvière, où se déroulent des pièces, des concerts, de lectures. Les Nuits de Fourvière se déroulent là-bas. J'ai pu voir Damon Albarn et tout la clique TGTBATQ en haut-de-forme. D'après certains commentaires sur Internet, il était visiblement plus volubile à Lyon qu'aux Eurockéennes. Il nous a d'ailleurs gratifié d'un "it's a beautiful place here." Oui, ça explique pourquoi Môssieu est venu deux fois là-bas ET SURTOUT AVEC BLUR QUE J'AI RATE.
Mais je m'égare.
Saint-Just possède le fameux centre scolaire Saint-Marc, dont le collège, où Jean-Baptiste Maunier, la tête à claques des Choristes, a été découvert. Maintenant, cet idiot est parti pour New York. De Lyon, ou plutôt de Ste Foy les Lyon (banlieue proche, de riches), à la Big Apple, il n'y a qu'un pas. Enfin bref.
Saint-Just ressemble à un petit village avec ses maisons en briques ou en vieille pierre, ses rues descendantes, ses buissons, ses petites fenêtres colorées, ses boulangeries bleu layette et ses fleurs resplendissantes. Des enfants folâtrent, les parents se soûlent au Coca Light en les regardant d'un air bête. Des Ipod boys et des Iphone girls les rejoignent, s'achetant cochonneries and co pour recharger leur énergie perdue à bavarder en cours sur la téléréalité et la nouvelle vidéo du cousin sur Youtube. Les voitures passent, souvent trop vite. C'est un bel endroit.
Lyon, c'est bien, comme je disais précédemment, si on reste à Lyon (n'est-ce pas la même chose partout en France?). Parce qu'en dehors de Lyon, euh, c'est plus fâcheux. Lyon vers la Part-Dieu, par exemple, c'est bien. Vous avez le centre commercial avec un grand Carrefour, Decitre, Fnac, etc. Bref la civilisation. Seulement, la Part-Dieu souffre de son succès. Parce que certains jours, on a l'impression de voir tout le Rhône passer par là, te poussant sans vergogne et hurlant. Que dis-je le Rhône, mais carrément l'Isère et l'Ain le week-end (plus grave). Mais c'est une jolie balade, avec d'agréables restaurants. Seulement, ne pas se faire trop d'ennemis, parce que les représailles, ça saigne. Un peu.
J'oubliais le symbole de Lyon, le repère infaillible, le petit charme en plus : la tour Crayon! Ce Crayola géant héberge le Crédit Lyonnais et le Radisson Hotel, un hôtel cher et inaccessible, sauf par des touristes japonais fortunés. Assez imposant... Sa voisine qui commence à naître s'appelle la Tour Oxygène et c'est très joli.
En dehors, RIEN. Si je fais le compte, Saint-Priest a ses avantages : un grand Auchan avec un Flunch, des magasins et puis un grand parking. Et c'est tout. Le reste est un ensemble de maisons au charme rustique. Idem pour Caluire (où Jean Moulin a été arrêté), Tassin, et Merde-Sur-Jarrest.
Puis Vaulx-en-Velin, avec son triste exploit d'avoir été une des premières banlieues à s'être enflammée au début des années 90, montrant le désastre social et économique de ces cités-ghettos. Décines, avec ses maisons de retraite glauques et ses immeubles qui vous encerclent, Villeurbanne, ses immeubles effrayants et énormes et ses infrastructures vieillissantes, et enfin Vénissieux, avec une quantité anormale de voiles intégraux, un vide intersidéral dans certains endroits, des enfants traînant dans la rue. Souvenir mémorable à un Ed du coin, histoire d'acheter du soda frais et je tombe nez à nez avec deux femmes couvertes, c'est-à-dire gants en cuir et lunettes. LUNETTES. Avec en plus un garçon qui surveillait les gens qui regardaient de trop près ces deux femmes, pour nous faire passer pour des racistes. Choquée, je suis partie et décidée à m'aérer.
Bon, Vénissieux a également un excellent marché où on vend un excellent fromage de chèvre frais paysan s'il vous plaît, du pain frais, des fruits frais, et des choses idiotes comme des serre-têtes, des cintres, ou des chalumeaux pour la cuisine.
Lyon 1er est comme le quinzième arrondissement de Paris : on se la pète. Grave. Lyon Septième est pire, avec son lot de lycéens arrogants adeptes de la Gucci Mania, luttant contre leur mal-être en guenille Galliano, sabots Hermès et fourche Prada. Les bâtiments ont un charme séculaire, le Palais de la Bourse est immense, et intriguant avec sa dalle rouge où le président Carnot a été assassiné par un communiste illuminé. Le Lycée Ampère est en lui-même un musée : voyez plutôt la salle des délégués. Une grande salle avec derrière les vitres des stétoscopes, des microscopes et autres choses compliquées finissant par scopes. Des planisphères en argent s'il vous plaît, des bobines de fils, et, paraît-il, des objets ayant appartenu à Ampère, le créateur de l'unité de mesure.
Lycée Ampère, lycée preeestigieux. Un des plus vieux établissements de France, un des meilleurs collèges-lycées de Lyon. De là sont sortis des génies génies (Ménestrier, André-Marie Ampère, Robert Badinter), des amuseurs publics (Jacques Martin), des cancres devenus génies (Baudelaire), des salauds (Daladier, bras droit de Pétain), des faux salauds (Raymond Domenech XD). Bon niveau, excellents profs. Rien à dire, à part que je me suis royalement fait chier. Mais je le voulais.
Place des Terreaux avec son fameux musée des Beaux-Arts où se trouve un énorme Nicolas Poussin : La Fuite En Egypte.
Le reste de Lyon est pareil à lui-même : croissance ronronnante, rénovations allant bon train, façades en verre, gens pressés.
Le quartier de la Guillotière, avec sa prolifération de kebabs, de bazars africains et arabes et ses rues sales ressemble à un petit Barbès. Ne pas manquer ses fameux marchés où on trouve de tout, des galettes turques, des vêtements pas chers, des ustensiles au prix défiant toute concurrence... Pas très loin de là, en face de la fameuse Piscine du Rhône (avec ses insectes aux nombreuses pattes flottant dans l'eau et ses enfants bruyants), le quartier chinois, avec d'excellents restaurants et bazars.
Le "Saint-Germain des Prés" de Lyon se situe vers Brotteaux, avec des gens chics, des hôtels huppés, et des grands noms du Moyen-Âge, de la noblesse d'épée de la Renaissance, des magnants de l'immobilier du 19ème siècle. Avec son fameux Parc de la Tête d'Or, que j'ai du voir un milliard de fois (pas autant que Vincennes), l'un des plus grands de France.
Et enfin, tout comme Paris, certains quartiers à l'origine populaire ont tendance à devenir bobo, tel que le 20ème arrondissement de Paris, c'est le cas de la Croix-Rousse (d'où Virginie Despentes tient son nom, les "pentes de la Croix-Rousse") qui était un ancien quartier de canuts, ceux qui s'occupaient à filer la soie durant le 19ème siècle. Sylvie Testud est née là-bas.
Bel endroit pour connaître le coeur du coeur de la ville : le Vieux Lyon. Quartier au charme médiéval avec ses boutiques d'épées et d'armures, aux sombres ruelles étroites où semblent s'échapper des odeurs venues d'autres temps... poison destiné aux descendants de la Couronne? Elixir de longue vie? Potion contre la peste? Ne rêvons pas. Mais ce serait un sacrilège de ne pas admirer les portes, fenêtres, petits passages sinueux et tortueux de ce quartier pittoresque et tellement chargé d'histoire. Avec, en prime, de belles boutiques de pierre précieuses...
Petit bonus :
- Rousseau se serait fait draguer place Bellecour par... un homme.
- Victor Hugo, et bon nombre de littéraires français détestaient cette ville à l'architecture "vaguement italienne, trop copiée pour convaincre, avec un côté germanique".
- Les restaurants lyonnais s'appellent des "bouchons". Ces restaurants se trouvent rue Mercière.
Bonnes adresses :
Le Rond de Serviette de Sam:
Cuisine typiquement lyonnaise avec les quenelles, les andouillettes, les saucisses en sauce, la fameuse salade lyonnaise avec lardons, oeuf poché, croûtons, gratons (morceaux de porc cuit, salé et frit), sauce au Beaujolais et fromage aux herbes appelés "cervelle de canut". Bon service, desserts impeccables, prix raisonnables (le bouchon a toutes les fourchettes de prix, du plus raisonnable au plus onéreux). Attention à l'attente : réservation conseillée sous peine de longue attente. Attention à l'escalier noueux.
6 rue des Marronniers
69002 LYON
Galité Beauté:
Des prix imbattables en matière de cosmétiques!
52 rue Victor Hugo
69002 LYON
Decitre :
Franchise de librairie rhodanienne avec -5% sur les livres pour les étudiants munis de la carte. Possibilité d'acheter et de revendre des livres scolaires.
29 et 6 Place Bellecour
69002 LYON
Centre commercial la Part-Dieu
Niveau 3
69003 LYON
New City Game
La référence lyonnaise en matière de mangas, goodies, Jpop, animes. Prix très raisonnables et tout ce qu'on veut.
2 Rue d'Oan
69001 Lyon
Bahadourian
L'épicerie arabe unique, aux gâteaux uniques, aux amuses-bouches uniques, avec un choix astronomiques d'épices en tout genre, avec des prix variés et parfois chers, mais la qualité est incomparable.
Place Djebraël Bahadourian
69003 Lyon
06/09/09
Air - 10 000 hz Legend (2001)
Après le succès international inattendu de Moon Safari et de la BO du film Virgin Suicides (avec le mémorable Playground Love), il se devait que le second album du groupe versaillais Air soit à la hauteur. Mais voilà, le son lisse et harmonieux des débuts semble avoir totalement disparu de cet opus, qui s'annonce plus expérimental et profond en termes de sons. Les chansons sont plus longues, la mélodie s'avère être plus sombre, tout de même travaillée, avec un sentiment de désenchantement. Electronic Performers annonce la couleur : boums successifs, voix trafiquée sur ordinateur, effrayante, ballade électronique avec un beau final de violons. Suivi de How Does It Make You Feel?, bel hommage aux pop songs des années 70 et à Polnareff, qui semble être la seule piste romantique de l'album. La tendance après cette chanson est plus inquiétante : Radio #1 (avec son inoubliable clip de robots, à voir absolument), The Vagabond, où la voix grave de Beck fait merveille, Radian, qui nous plonge au coeur de la Terre, sorte de magma électronique où on se sent opprimé, Lucky And Unhappy plus posé mais effrayant, Sex Born Poison et ses bribes de japonais et ses guitares faussement rassurantes... bref, c'est un incroyable voyage sonore auquel on a droit et on voit également l'évolution structurale de Air dans sa manière de faire la musique : utilisation de choeurs musicaux, sons modifiés, voix trafiquée, claviers, ainsi que la participation de Beck à l'enregistrement, où sa voix résonne, chaude et vibrante dans ce road-movie à l'américaine, plein d'incertitudes et d'inquiétude. On ne sent vraiment pas à l'aise lors de l'écoute de ce disque, nos oreilles sont continuellement agressées par ces voix fantomatiques, ces sons électroniques si froids et si dures, nous plongeant dans un cauchemar teinté de quelques paraboles angéliques qui ne durent pas très longtemps. Air aurait-il montré là leur vision de l'Amérique? Frenchies perdus dans ce désert californien (la pochette a été réalisé par Ora-Ito, designer mondialement reconnu), une maison futuriste surplombe un canyon, avec des antennes et des meubles design dernier cri, ils contemplent un horizon incertain, et retournent dans leur studio enregistrer leurs chansons. Un album de Air incertain, effrayant, très abouti, d'une beauté et froide désintéressée, qui nous réduit à l'état d'atome doté d'oreilles. Un bel hommage aux musiques d'Enio Morricone à l'ambiance futuriste, et probablement l'un de leurs meilleurs disques.
Note : ![]()
04/07/09
Supergrass - Diamond Hoo Ha (2008)
Le temps file à une telle vitesse... et puis bam. Sans qu'on le veuille vraiment, on se remet à penser à nos petits groupes de musique favoris, et tout d'un coup, le nom de "Supergrass" revient. On se demande comme le quatuor le plus allumé d'Oxford va tirer son épingle du jeu après Road To Rouen, album nostalgique rempli de regrets et de mélancolie. Diamond Hoo Ha peut peut-être paraître moins original que l'autre opus qu'on ne présentera plus, mais il peut au moins se vanter de montrer à quel point Gaz Coombes et ses sbires n'ont toujours pas perdu de leur gouaille et leur humour. Car si album de rock il est question, Diamond Hoo Ha remplit le contrat haut la main. Diamond Hoo Ha Man, le premier single, annonce déjà la couleur. S'ensuit Bad Blood, une sorte d'hymne pop efficace à l'énergie mal contenue, puis Rebel In You, plus fanfare énergique que banale ballade. Jusqu'à Butterfly, magnifique chanson très Supergrass, avec des temps morts et des reprises de refrain avec un Gaz Coombes plus inspiré que jamais. Jamais l'album ne nous fait tomber dans l'ennui et l'envie de zapper : les sonorités sont plus catchy que jamais, ajoutant à cela l'énergie propre à ce qui est toujours l'un des groupes les plus importants de Grande-Bretagne... Non, décidément, Diamond Hoo Ha n'est pas une prolongation de Road To Rouen, mais plutôt un retour aux sources, avec un peu d'I Should Coco, d'In It For The Money et de tous les autres, flamboyant, mélodique et charmant à souhait, désuet et nostalgique, ironique et triste, avec des riffs entraînants et une composition toujours aussi intéressante. Décidément, Supergrass est toujours au top, Diamond Hoo Ha en la preuve vivante. Un excellent album à consommer avec modération, à n'importe quelle heure de la journée. Diamond Hoo Ha, un album qui donne la super PÊCHE.
Note : ![]()
16/06/09
Supergrass - Road To Rouen (2005)
2005, mauvaise année pour Supergrass. La mère des frères Coombes , les joyeux leaders du groupe, meurt. Danny Goffey est à la une des tabloïds pour copinage avec Jude Law et sa copine. Surtout avec sa copine. La joie des Supergrass et une onde de tristesse due aux évènements, laissent naître Road To Rouen, beaucoup plus court (35 minutes), beaucoup plus laconique et beaucoup plus instrumental sur les mélodies. En effet, Tales Of Endurance semble nous donner un aperçu de ce que sera l'album : lenteur, mélancolie propre au groupe, avec un mélange de basse et de guitare presque expérimental. "St Petersburg" continue sur la voix, sorte de ballade pop lancinante qui nous plonge au plein coeur de l'hiver. Les autres chansons, Sad Girl, Road To Rouen, Low C et Fin, dévoilent une atmosphère désenchantée, où il est difficile d'en sortir. Par moments, l'éclat rigolard de Supergrass survient dans Coffee In A Pot, hommage aux anciennes musiques des années 30, Kick In The Teeth est tout aussi énergique et on semble retrouver un peu de I Should Coco dedans (leur premier opus). Mais tout cela semble plongé dans un état catatonique, dont les membres du groupe essaient de s'en sortir, à en juger les deux chansons cités précédemment, éclats de joie inespérés figés dans une atmosphère morose. Road To Rouen est sûrement l'album le plus expérimental de Supergrass, et finalement pas si inaccessible que ça. A la fin de l'album, on se sent sonné, presque désorienté devant tant de chagrin retenu, on n'en sort forcément pas avec l'envie de communier avec la nature, mais plutôt avec la rage de vaincre. Tout simplement...
Note :
10/06/09
Sofia Coppola - Virgin Suicides (2000)
Grosse Pointe, banlieue du Michigan, dans les années 70. Des pavillons tous identiques, avec leurs beaux jardins, leurs arbres vieillissants, et leurs familles sans histoire, occupées à arroser les fleurs, à jouer au tennis et à boire du brandy en parlant du temps qu'il fait. Dans une des maisons, un couple lambda de l'époque, propre sur lui. M. Lisbon est professeur de mathématiques dans un lycée, c'est un homme fantaisiste et distrait, passionné d'aviation et de science. Mme Lisbon, elle, est une femme au foyer très croyante qui protège jalousement ses cinq filles. Puis, ces cinq filles : Cécilia, 13 ans, Lux, 14 ans, Bonnie, 15 ans, Mary, 16 ans et enfin Therese, 17 ans. Cinq filles splendides, blondes et légères comme un printemps sans fin. Toutes ont des activités à première vue banales : observer le voisinage et ses pérégrinations, discuter avec les copines à l'école, aider les parents à la maison et écouter de la musique. Tout semble parfait, le film commence d'ailleurs de cette façon : des arbres laissant filtrer la lumière du soleil, de belles maisons, les cinq soeurs Lisbon mangent des bonbons en regardant le microcosme de leur quartier : un garçon éperdumment amoureux de Diana Porter, une tennisgirl plutôt mignonne, se jette du premier étage par amour. Il s'en sortira plutôt secoué. Toutes rient de cette idiotie propre à l'adolescence, dans une ambiance d'été éternel, de musique, de chewing-gums à la pastèque et de jardins lumineux.
Seulement, la séquence suivante nous plonge brutalement dans la réalité du film et du titre : Cecilia tente de se suicider dans la salle de bains. Elle est sauvée in extremis par la police et laisse tomber une image de Jésus sur le carrelage, imprégné de quelques gouttes de sang. La jeune fille suivra des tests psychologiques pour expliquer la raison de ce geste. Le psychologue (Danny DeVito) explique aux Lisbon (Kathleen Turner et James Wood) qu'il s'agit d'un appel au secours. Sceptique, le couple rentre à la maison et décide d'organiser une petite fête, la voix prophétique d'un des quatres garçons qui suivent les jeunes filles, l'annonçant comme étant la première et la dernière. Elle se passe plutôt bien, mais peu de temps après, on retrouve Cecilia, qui s'est eclipsée, empalée par la grille d'un jardin, soutenue par son père éploré. Les garçons s'enfuient, les soeurs pleurent, la mère les entoure de ses bras et éclate en sanglots. De cette mort injuste et effroyable s'écoule à présent une atmosphère étrange, parsemée de doutes, d'émois adolescents, de magnifiques scènes, de symboles, et de détresse. Jusqu'à l'éclatement final.
Lorsque je l'ai vu la première fois, je m'attendais à être choquée. J'ai plutôt été surprise; Ce n'est que lorsque j'ai revu le film une deuxième fois que j'ai compris que je venais de voir un superbe film. Sofia Coppola s'est détachée du schéma traditionnel de l'adolescent boutonneux, arrogant et pervers sur les bords qui commençait à devenir la norme dans un Hollywood depuis trop longtemps sevré de teenagers. American Pie et Scary Movie allaient bientôt répondre à leurs attentes. Mais la réalisatrice arrive à parler d'un sujet effroyable et douloureux dans une atmosphère aussi légère qu'un ruban de soie, où symboles féminins, émois adolescents et rigidité puritaine de l'époque se cotôyent sans tomber dans la mièvrerie ou le pathos. C'est d'ailleurs toute la cruauté et l'ambivalence des personnages qui s'en ressort. Lux apparaît comme étant un des rayons de soleil de la famille (la merveilleuse Kirsten Dunst) mais aussi la plus têtue des cinq, fumant, se donnant à des inconnus, écoutant des disques de rock bientôt jetés aux ordures par une mère aigrie et castratrice. Les autres filles paraissent quelque peu effacées par rapport à la vibrante Lux, dont la blondeur et la sonorité du mot (lumière en latin) contraste avec ses agissements. L'ambiance déjà inquiétante malgré des images oniriques, expression des désirs amoureux des quatre garçons, va connaître un nouveau sursaut avec l'apparition d'un playboy aux grosses lunettes et à la super caisse : Trip Fontaine (Josh Harnett). On pourrait redouter le pire, et c'est ce qui va arriver par la suite. S'amourachant de Lux, il en tombera peu à peu fou amoureux, au point d'être encore poursuivi par sa présence dans ses rêveries, 25 ans plus tard (l'histoire est racontée par lui, 25 ans plus tard). Le grand bal est une scène clé dans le film : vers la fin de la soirée, les ballons laissent apparaître des lumières éclatantes, comme des phares, et tout prend une teinte de conte bleu, avec un filtre pâle et des silhouettes légèrement floues. Cette déteinte du paysage laisse prévoir la chute prochaine des filles. Trip et Lux s'enfuient en voiture, s'unissent sur la "pelouse détrempée d'un stade de foot". Trip abandonne lâchement la jeune fille sur cette pelouse. Le roi du bal abandonne la reine du bal. Elle rentrera chez elle en taxi. A la maison, c'est la crise et les schémas restent les mêmes : les soeurs absentes, le père éploré et désorienté, la mère violente qui promet une sévère punition. Tout le drame de l'histoire est raconté de manière très juste, dans un voisinage qui doit vraiment avoir les yeux dans leurs poches pour ne pas voir la détresse de ces enfants.
Bientôt apparaissent des failles : la mère plus sévère et autoritaire, le père perdant la raison en parlant aux plantes du lycée que fréquente ses filles. Il sera d'ailleurs renvoyé. Le tendre cocon devient alors une prison froide et glaciale, d'où s'émane des odeurs colorées, des séquences poétiques et des vêtements doux et légers, à l'image des filles qui sont bouleversantes de sensualité. Les quatre garçons essaient de les tirer de là, avec des appels téléphoniques de chansons, de signes en morse et de télescopes. On peut apercevoir le déboire de Lux, fumant, s'offrant aux garçons du voisinage sur le toit de sa chambre. Les autres soeurs s'occupent comme elles peuvent, en lisant des revues de voyage et en envoyant des messages. On n'entendra d'ailleurs plus parler de Trip, dernier éclat juvénile, dernier espoir englouti par la bêtise de l'être.
Des petits morceaux de vie du voisinage apparaissent : des reportages sur la détresse adolescente dans l'Amérique puritaine des années 70, des témoignages à la télé, l'incompréhension des voisins. La mère du plus jeune des quatres garçons dira en voyant les filles Lisbon que c'et bien mieux qu'elles soient quatre, car pour elle, Cecilia n'était qu'une détraquée. Les appels téléphoniques des vieilles filles dans des maisons à la décoration plus que douteuse. Les bûcherons occupés à couper les arbres, stoppés par les quatre anges qui ne veulent pas voir l'arbre abattu.
Mme Lisbon traque tout ce qui peut attirer l'oeil sur ses filles. Elle demande à Lux de remettre son gilet sur son haut un peu décolleté, rajoute trois centimètres au buste à la robe de ses filles pour le bal, et enlève le pied de Lux de la table basse du salon car elle a sans doute remarqué l'oeil de Trip collé à ce pied appelant à des pensées pas très innocentes... malgré le fait qu'elle enferme petit à petit ses filles dans la maison, la sensualité des quatre soeurs s'écoule dans la pièce et attire les quatre garçons, chevaliers servants. M Lisbon est d'une ambiguité déconcertante. Il ne semble pas aussi violent que sa femme, mais il est distrait, parle comme un enfant, est enfermé dans sa passion de l'aviation (voyez plutôt l'incompréhension des adolescents lors de la petite fête...). Le fait qu'il soit renvoyé sonne le glas d'une existence simple.
Vers la fin, les quatre garçons rassemblent de l'essence et prennent une voiture pour emmener les quatre soeurs en balade. Elles semblent ravies. En rentrant, les quatre garçons trouvent les murs de la pièce jonchées de ballon crevés, peut-être les cadavres de la première fête. Chase, le plus jeune, dit cette phrase touchante et qui exprime tout le paradoxe de l'adolescence : "j'aimerais bien en peloter juste une, elles me rendent fou!". Emois adolescents et éveil du désir, sexualité refoulée dans un cadre parental trop strict. Cette dernière phrase marque la fin de ce qui est l'insouciance de ces jeunes gens. Juste après cette tirade, Chase se cogne contre des jambes : Bonnie s'est pendue la première. Les garçons s'enfuient, avec au passage, la mort qui s'est installée enfin dans ces lieux étouffants. Therese s'est bourrée de somnifères. Mary a mis la tête dans le four. Lux, la dernière, est retrouvée dans la voiture, une cigarette à la main, dernière ironie de la part de cette jeune fille insoumise, tuée au monoxyde de carbone. La police évacue rapidement les corps, les parents apparaissent furtivement.
La maison est vide. Ne reste que les cartons. Cartons de photos, de souvenirs, de bibelots touchants comme l'éventail, les flacons de parfums, les revues, les objets en faux cristal. Un couple de Boston a depuis occupé les lieux.
Les quatre garçons récupèrent tout ce qui appartenaient aux filles Lisbon, tels des témoignages des derniers vestiges de leur jeunesse perdue. On les revoit, un an plus tard, dans une fête donnée par un riche propriétaire, en compagnie de leurs petites amies. L'atmosphère est toujours aussi mortuaire : un filtre vert s'est posé sur la caméra et il est raconté que les algues, peu après la mort des filles Lisbon, ont pullulé dans le lac et se sont décomposées en laissant derrière elles une odeur insoutenable de putréfaction et de vase. Le thème de la soirée est d'ailleurs l'asphyxie. Sortilège des filles Lisbon? Dernière revanche de ces cinq jeunes filles car on n'a pas fait assez attention à elles? On pourrait le croire. Les glaces sont d'un vert douteux, les gens fument comme des cheminées, les petites amies vomissent, les pochards se jettent dans la piscine, au grand dam des gens présents à la fête. La dernière scène est éloquente de vérité.
Le film se termine sur les regrets douloureux de ces quatre garçons qui n'ont pas su réfléchir à temps et qui ne comprennent pas comment les appels de détresse de ces jeunes filles ont pu être ignorés. Un long travelling, après un plan sur la maison, s'éloigne progressivement des quatre garçons et marque la fin du film.
Virgin Suicides, ou la douloureuse atmosphère d'adolescence, de jeunesse et de sensualité avant la mort, causée par l'incompréhension des parents, des adultes en général, et qui laisse exploser toute sa vitalité et sa virtuosité avant de sombre dans l'oubli le plus total. Seuls quatre garçons ont eu la chance (peut-on vraiment parler de chance?) de les voir, de les approcher, de les fantasmer, et seuls eux ressentent la profonde tristesse d'avoir perdus ces êtres chers.
Note : 
20/04/09
Lorsque le printemps survient, ça vous prend à la gorge et BOUM BADABOUMBOUMBOM !
QUELLE NOUVELLE INTERFACE! QUEL STYLE! QUELLE GRÂCE!! (Quel vert surtout.)
Snif. Oui. Bon.
Lundi
c'est les raviolis. Non, ta gueule c'est moi qui décide. Salade avec
thon et blanc de dinde je dis, parce que je dois faire un régime
voyez-vous, hahahahaha bonne blague. Et en plus M'man a dit qu'elle
serait prête à m'acheter un robot écrase-tout pour faire de la "soupe
d'hosto" comme le dit P'pa. Hahahaha bonne blague. Je vais vraiment
M'ECLATER ce printemps.
Bouhou.
Fini Narutaru. C'était
O.O WTF Oh My Fucking God. Bizarre O.O. Bon, je m'y attendais quand
même. C'est peut-être l'anime le plus malsain qui m'ait été donné de
voir.
Pour un aperçu, voici l'opening.
Oh les zoulis monstres, les zoulis enfants, les zoulis maizons. Hihi tout zentil.
Sauf que ... c'est tout le contraire. En fait, c'est un jeu de massacre. Il n'y a pas vraiment de sang à proprement parler, la violence est psychologique plus qu'autre chose. Bientôt, le vernis Pokémon Ciel Bleu J'te Veux craque de manière effroyable dès le deuxième épisode. Et alors ...
Alors ça part en couille à la manière d'une dent de scie jusqu'à l'épisode 11 effroyable (Narutaru compte 13 épisodes). Et la peinture de l'univers scolaire et politique japonais fait froid dans le dos. Voyez plutôt la souffrance exprimée dans les derniers épisodes :

Gavage de vers de terre par la grosse pute de service sur Hiroko.

Vomi de vers de terre ...

Viol à l'éprouvette ... (avec des commentaires comme "tu es toute mouillée"!. Brrrr)

Décapitation plutôt effrayante.
A noter que la grosse pute de l'histoire qui, forcément, s'envoie en l'air avec le gros con de l'histoire. 13 ans, je ne pense pas qu'on puisse appeler ça de la précocité, enfin bref.

Vengeance de la part d'Hiroko sur la grosse pute de l'histoire. Eprouvette en mode griffe. Je ne donne pas cher de sa peau. D'ailleurs, c'est prophétique.

Allez, hop, terminé.

La boucle est bouclée.
...
Donc Narutaru, c'est bien ce que je pensais, un truc de gosse avec une musique et une ambiance super et qui part complètement en couille dans les derniers épisodes. La tension est telle que j'ai eu parfois du mal à tenir dans les épisodes.
Au moins Bokurano, j'avais adoré, parce que Narutaru est un peu le brouillon de Bokurano, plus abouti et magnifique il faut dire. Un anime à voir, vraiment super. Rien à voir avec CA.
Voilà comment j'ai fini les vacances.
Euh la poule de Pâques, elle va rester dans le foie je pense.
Tiens, pourquoi j'ai plus faim?
21/02/09
Ladytron - Velocifero (2008)
Bon gré, mal gré, les années 80 ont toujours du succès. Les DJ ne jurent que par les sonorités clam-clam de cette époque florissante et les chansons à la sauce Human League connaissent un franc succès auprès de nos oreilles (Kanye West, Calvin Harris et son entêtant Acceptable in the 80s, Lily Allen ...). Mais à force de recycler le même concept, finira-t-on par l'user et le rendre complètement obsolète? Ce n'est pas le cas de Ladytron, qui revient en force avec Velocifero, leur quatrième album, aux accords punk et électro bien ficelés avec des refrains qui vous reste dans la caboche. Tour à tour enchanteur (Tomorrow), ou inquiétant (Deep Blue, Ghosts), l'album ne finit pas de surprendre, et réussit bien malgré des sons qui se ressemblent à ne pas tomber dans la futilité bien connue de l'électro-clash. Mira Aroyo, la Bulgare, apparaît plus dans cet opus où sa voix grave et masculine s'accorde parfaitement avec les différents changements de ton des chansons. Mention spécial à Kletva, où les paroles sont en bulgare, une vraie perle électro-pop aux accords très Vangelis, et Tomorrow, chanson enchantée où l'on a l'impression de s'évader dans un autre espace-temps... L'album dans son ensemble ressemble à une alternance entre rêve et cauchemar. Reuben Wu, un des arrangeurs du groupe, affirme que l'album parle de la peur et de l'amour et c'est bien l'impression qu'on en a lorsqu'on écoute tout l'album. Cet opus peut au moins se targuer de demeurer dans une atmosphère mystérieuse et froide, propre à Ladytron. Velocifero signifie " porteur de vitesse". C'est bien le sentiment qu'on a lorsqu'on écoute l'album ... hé oui, Ladytron ne carbure qu'au grand galop. Bizarrement, c'est un de leurs albums qui se vendent le mieux.
La vitesse, un moteur de succès?
Note : 
25/10/08
The Fratellis - Here We Stand (2008)
Après un premier album plutôt moyen (c'était quoi cette affreuse fanfare dans Henrietta?!), The Fratellis reviennent en force avec Here We Stand, qui encore une fois comme son précédent, n'a pas eu la bête idée de foutre une chanson du même nom dans l'album (j'avoue avoir toujours détesté l'intérêt de mettre la chanson qui a le même titre que l'album, pardon ceci était un aparté sans aucune utilité). Même s'il reste tout de même plus commercial, l'album semble beaucoup moins bordélique que le précédent, plus enthousiaste, profond, flamboyant, authentique et surtout très rythmique, les riffs de guitare, la qualité et la structure instrumentales et le découpage des refrains, nous rappelent indubitablement l'atmosphère la Britpop des années 90, durant laquelle des groupes tels que Blur, Supergrass et Pulp ont connu leur heure de gloire. Here We Stand nous transporte pendant plus de cinquante minutes dans un univers baroque et énergique. Le quatuor semble miser sur l'ambiance fête foraine pour fournir un rock qui se révèle à chaque écoute plein de promesse et très festif... En effet, le groupe semble avoir repris du poil de la bête après un premier album plébiscité par iTunes, surtout leur célèbre Flathead, plutôt entraînant. De My Friend John à Milk & Money, l'attention ne se désemplit pas et The Fratellis nous montre une fois encore qu'ils n'ont pas dit leur dernier mot!
Note : 



